Témoignages

Maternité & inégalités au sein du couple

Elodie-Jelena, parisienne de 32 ans, partage sa vie avec son conjoint Florian depuis 10 ans. Ensemble, ils ont deux adorables petites filles, Chiara 5 ans et Maia 15 mois. Elodie a accepté de nous en dire plus sur son expérience de la maternité, notamment sur son burn-out parental.

Mon parcours

Je suis fille et petite fille d’immigrés Serbes. Famille modeste, je n’ai toutefois jamais manqué de rien malgré le lourd bagage que ma famille et son Histoire m’a transmis en héritage. J’ai un petit frère qui a 24 ans. Nous avons 8 ans d’écart. 

Ma mère m’a eue à 17 ans, j’étais l’enfant de la passion et mon frère, l’enfant de la “raison”, je pense que j’ai hérité également de ce caractère passionné et passionnel dans tout ce que j’entreprends. J’essaie d’être toutefois, plus nuancée, moins impulsive mais n’est pas Bélier qui veut ! 

J’ai suivi un BAC littéraire, puis une licence en Information & communication spécialité écritures multimédias, j’ai enchaîné les petits jobs et je suis aujourd’hui, chargée de communication & d’admission (community manager) dans une école supérieure d’arts appliqués.

Auparavant, j’ai exercé dans le secteur de la puériculture haut de gamme avant de me faire licenciée (licenciement économique) de façon injustifiée. Cette épreuve m’a permis de libérer la parole en dénonçant les pratiques abusives de la part de certains employeurs et de gagner en conciliation aux Prud’hommes.

J’ai pu, de par mon témoignage, apporter mon soutien à mes lectrices qui vivaient les mêmes problématiques que moi, et mon courage pour faire valoir leurs droits. 

Désir d’enfant & grossesses

J’ai toujours désiré des enfants, il me manquait simplement la bonne personne pour vivre cette folle aventure 😊 Et je l’ai rencontrée il y a plus de dix ans complètement par hasard, à un moment charnière de ma vie.

Nous avons attendu toutefois de nous installer professionnellement et financièrement pour nous lancer, soit, 6 ans après notre rencontre. A ce moment-là, nous vivions dans un studio, ce qui aurait pu nous braquer, et finalement, notre désir d’enfant l’a emporté sur ces inquiétudes matérielles et nous avons accueilli Chiara avec un intense bonheur et avons vécu dans ce studio durant trois ans.  

Pour Chiara, j’ai eu aussi bien une grossesse qu’un accouchement, qu’un post-partum… parfaits. Elle a très vite fait ses nuits, était un bébé assez facile, qui avait l’habitude aussi d’être entourée, on sortait beaucoup, on recevait aussi beaucoup, elle allait très facilement de bras en bras. Je n’ai aucun souvenir d’avoir subi quelconque difficulté avec elle durant ma grossesse qui était aussi ma première grossesse. Je pense que la notion de “première fois” et de nouveauté m’a permis de sublimer un peu tout cela. Je n’avais aucun point de comparaison, tout était donc merveilleux. Et ça l’est resté la concernant. Elle est toujours facile. 

« Le mal avait été fait quand l’échographiste m’a demandé, avec une froideur que je n’oublierai jamais, de ne pas trop m’attacher »

Pour Maïa, ma grossesse a très mal débuté dans la mesure où, lors de l’échographie de datation, un décollement de 50% a été constaté, rendant ainsi, la suite des évènements incertaine. S’en sont suivis des contrôles pour vérifier si bébé était encore là… Ça a été extrêmement dur à encaisser, cela faisait déjà plusieurs mois que nous souhaitions agrandir la famille mais que notre logement ne nous le permettait pas… Tout s’est heureusement rétabli mais le mal avait été fait quand l’échographiste m’a demandé, avec une froideur que je n’oublierai jamais, de ne “pas trop m’attacher”… J’ai eu énormément de difficultés à créer une relation avec mon bébé et j’ai ressenti une infinie culpabilité d’avoir été en quelque sorte, responsable. Je n’avais qu’une hâte : l’avoir dans mes bras et tourner la page sur cette grossesse que je n’avais pas imaginée si éprouvante psychologiquement.  

Devenir maman et ne plus jamais être seule

Le plus dur pour moi dans la maternité c’est cette frustration parfois que je peux ressentir de devoir être là physiquement et mentalement. J’ai parfois besoin et envie de m’isoler ou d’être seule pour me ressourcer, me reposer, m’adonner à des plaisirs de femme. L’organisation parfois et l’isolement ne me permettent pas toujours de m’octroyer des moments pour moi. 

Au-delà d’avoir bousculé profondément la notion d’infini, d’amour, la maternité a donné un sens à mon existence. Ça fait très bateau comme phrase et pourtant… J’ai appris à prendre des décisions qui n’engageaient pas que moi, j’ai dû faire des choix dont dépendaient aussi mes filles, la maternité m’a poussée dans mes plus profonds retranchements quand, avant, j’aurais sans doute baissé les bras plus rapidement ou reporter à demain ce qui devait être fait à l’instant T. 

Elle m’a aussi permis d’appréhender au mieux les problèmes de la vie courante, de relativiser, de prendre davantage de recul ou de devenir un peu plus rationnelle et pragmatique. Beaucoup de situations m’ont parue dérisoires depuis que je suis mère car l’essentiel se trouve désormais dans le mot “famille” auquel mes filles ont donné un sens. 

Reprise du travail & burn-out parental 

Pour Chiara, j’ai repris le travail lorsqu’elle avait 5 mois. J’ai pu cumuler, congé maternité et congés payés… Financièrement il ne m’était pas possible il y a 5 ans, de prendre un congé parental compte tenu de mon salaire de l’époque qui était médiocre et des conditions dans lesquelles je travaillais, c’était très strict, pas très bienveillant non plus, j’étais une nouvelle mère et j’avais peur….

Pour Maïa, j’avais déjà changé d’emploi et j’ai décidé, consciente que c’était mon dernier enfant de poser un congé parental pour pleinement profiter de mon deuxième bébé, j’avais peur d’avoir des regrets également et je voulais aussi connaître cela. Le fait que l’assistante maternelle de Chiara pouvait aussi prendre Maïa à partir du mois de septembre m’a poussé à poser 6 mois de congé parental et ainsi reprendre sans encombre ou angoisse liée au mode de garde.

Coup de bol, mon congé parental a eu lieu en plein confinement. J’ai ainsi pu, malgré le RGO de Maïa et l’école à la maison, prendre mon temps pour apprivoiser au mieux ce nouveau rythme et savourer ces premiers instants à quatre sans être trop épuisée par les visites de l’entourage. 

Si vous saviez comme elles sont nombreuses les mères qui ont un jour regretté, durant quelques secondes la liberté et l’insouciance de « leur vie d’avant ».

Pourtant, il m’est arrivé de dire que si Maïa avait été mon premier enfant, je n’en aurais pas voulu d’autre. Il m’est arrivé de penser que si j’avais su que ça se passerait comme ça, je ne l’aurais pas gardée. Voilà dans quel état d’esprit j’ai été durant les premiers mois de la vie de mon deuxième et dernier enfant. J’étais tiraillée entre la culpabilité d’avoir osé même avoir ces pensées écœurantes et l’amour viscéral pour ce petit être que j’ai tellement attendu.

Et pourtant, si vous saviez comme elles sont nombreuses les mères qui ont un jour regretté, durant quelques secondes la liberté et l’insouciance de « leur vie d’avant ».

Heureusement, j’ai été bien entourée. Quand j’étais au bout du rouleau, il y avait toujours quelqu’un à l’autre bout. Et je pense que c’est ce qui m’a fait tenir durant les moments où je sentais que je vacillais ou quand je pensais perdre la raison. C’est ce qui m’a permis de me raccrocher à l’espoir de meilleurs lendemains.

Aujourd’hui, ma guerre contre le RGO et le burn-out parental est terminée. J’ignore si je l’ai gagnée mais je suis capable de reconnaître que j’ai remporté de sacrées batailles. Et quand je les vois, si tendres l’une envers l’autre, elle reste toujours mon dernier enfant mais elle restera sans aucun doute, la plus belle chose qui aurait pu m’arriver.

« J’ai souvent eu l’impression de porter le monde sur mes épaules. »

J’ai souvent eu l’impression de porter le monde sur mes épaules principalement à cause de l’emploi de mon conjoint qui précédemment travaillait dans la grande distribution. Il se levait à 4H30 et rentrait à la maison vers 18H / 19H max.

Parfois même, il faisait la fermeture. Et il travaillait aussi les week-ends. Beaucoup d’inégalités se sont formées, puis forcément des disputes et même le doute sur notre avenir ensemble. De plus, mon sentiment d’abandon s’est intensifié et je l’ai porté responsable du burn-out parental que j’ai vécu. Aujourd’hui, il est chef de sa propre entreprise et ses horaires lui permettent d’emmener les enfants tous les jours à l’école et d’être (bientôt) présent tous les week-ends. Forcément, le bonheur est revenu taper à notre porte et nous le savourons chaque jour comme il se doit. 

On s’oublie à vouloir porter le monde sur nos épaules mais il restera toujours quelques âmes bienveillantes pour nous rappeler qu’il faut tout un village pour élever un enfant – proverbe africain. 

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